Les mentalités

  Les années 1970 sont certes, dans les pays occidentaux, celle de l’émancipation homosexuelle. Mais en France, contrôle d’identité et arrestation sont nombreuses, tout comme les descentes de police dans les bars ou boîtes gay, ou sur les lieux de séduction. Mais, en avril 1981, François Mitterrand prend la responsabilité de soutenir les revendications de Droit à la différence. Dans un meeting, le candidat déclare que  « l’homosexualité doit cesser d’être un délit ». Une fois président, en 1982, Mitterrand maintient sa position en dépénalisant l’homosexualité, au nom de l’égalité entre les hommes. Il justifie cette décision, lors d’une interview, en affirmant qu’ « il n’y a pas de raison de juger le choix, c’est dans la loi de la nature, suivant les goûts, peu importe ; le choix de chacun doit être respecté », tout en insistant sur le fait que le rôle de la Loi n’est que d’encadrer la société. De plus, la majorité sexuelle est fixée à 15 ans pour tous, et les fichiers sur les homosexuels sont détruits. La dépénalisation de l’homosexualité a permis aux homosexuels d’être mieux acceptés par la société et donc d’y être mieux intégrés. Les homosexuels se sentent  libres jusqu’aux années 1980 où le sida est devenue une réalité. Le 5 juin 1981, l’Amérique recense cinq cas d’une pneumonie rare ; les cinq patients étaient homosexuels. On verra par la suite qu’ils étaient atteints d’une pathologie liée au VIH (nommait à l'époque LAV), responsable du sida. Le sida va être alors l’épidémie la plus meurtrière du 20ème siècle. L’idée d’une maladie contagieuse va faire long feu, alors qu’il s’agit d’une maladie transmissible. Pour l’heure, la presse internationale parle de « cancer gay » ou « peste gay » et la répression va de nouveau s’abattre sur les homosexuels. La peur de ce virus cède très vite la place au rejet des homosexuels, souvent désignés comme premiers responsables de ce fléau, ce qui ne fait qu’amplifier un sentiment d’homophobie, déjà omniprésent dans cette société qui « cherche des coupables ». La France de 1985 est entâchée par le scandale du sang contaminé : en octobre, les produits sanguins sont chauffés, débarrassés du virus du sida, cela paraissait indispensable pour atténuer le nombre de malades. Les produits sanguins  non chauffés ont cessé d'être remboursés, mais il n'y a pas eu d'interdiction de leur utilisation, et surtout pas de rappel des produits déjà en stock ; ainsi, des produits non chauffés ont continué à être utilisés après cette date. Du coup, on a donné les produits non chauffés aux homosexuels déjà séropositifs et les produits chauffés aux séronégatifs ; cela a occasionné une trentaine à une cinquantaine de contaminations supplémentaires, de juin à décebre 1985. En voyant le nombre de contamination augmenter, des campagne de prévention sont lancées en direction des personne les plus touchées par l’épidémie (c'est-à-dire à cette époque les homosexuels, toxicomanes, immigrés, prostituées). L’épidémie pointe déjà la marginalisation de certaines minorités par le corps social. Mais, l’engagement des personnalités va sensibiliser les populations à la réalité dramatique du sida. En France, sous le modèle de Liz Taylor, Line Renaud et Dalida s’engagent. Line Renaud ne cessera de prendre la parole en faveur des séropositifs, quels qu’ils soient et marquera la lutte contre le sida. Malgré le fait que les gens se sont un peu repliés sur eux-mêmes, une solidarité entre homosexuels s’est très vite mise en place, « toute notre énergie était canalisée pour survivre, aider les copains malades et lutter contre l’homophobie », témoigne Jean.

Devant l’inertie des pouvoirs publics, ils vont créer des associations d’entraide. Patrice Meyer fonde « Vaincre le sida » en 1983, puis AIDES voit le jour en 1985. Les homosexuels sont fiers de leur bataille ; grâce à celle-ci, ils sont devenus plus solidaires et ont inventé une manière de vivre qui respecte l’individualité. Comme dirait Michel FOUCAULT : « Être gay, c’est être en devenir,et j’ajouterai que, nous devons nous acharner à devenir homosexuels et non pas à découvrir que nous le sommes ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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