Les mentalités

          Les années 1990 ont été celles de la "sortie du placard" de nombreuses personnalités comme le maire de Paris Bertrand Delanoë, des chefs d'entreprises tels que Jean-Paul CLuzel, le PDG de Radio France ou encore des sportifs comme Amélie Mauresmo. Une visibilité des homosexuels est beaucoup plus importante aujourd'hui. Même si la France est loin d'égaler l'Espagne, où une loi autorisant le mariage et l'adoption pour les homosexuels vient d'être adoptée, ces derniers ne sont plus jugés anormaux. En revanche, le monde scolaire se distingue par sa méfiance vis-à-vis de cette question. En effet, le thème de l'homosexualité est rarement évoqué à l'école. "Sale pédé" est une insulte encore répandue dans les cours de récréations. Ce contexte augmente la difficulté d'accepter son orientation sexuelle. Une enquête montre qu'un homosexuel risque treize fois plus de faire une tentative de suicide qu'un hétérosexuel. Voilà qui prouve de nouveau la difficulté de vivre un choix encore souvent réprouvé par l'entourage familial ou amical. En 2003, le journal Les Clés a réalisé un sondage sur ce sujet, auprès de ses lecteurs : 42% des garçons et 74% des filles disaient accepter l'homosexualité en général. Les mentalités changent très lentement.

Mais, la plupart des gens sont simplement la preuve d’une grande ignorance à l’égard du mode de vie des gays et des lesbiennes. Ce n'est pas facile d’en faire abstraction surtout quand on est jeune. On  entend souvent dire que les homosexuels sont des
folles (voir "La cage aux folles" ). On conforte la majorité des gens dans l’idée très caricaturale de l’homosexualité en pensant que les homos avaient une prédilection pour la vie nocturne, les soirées passées dans des endroits bizarres peu recommandables. La publicité qui a été faite au début de l’épidémie du sida autour des homosexuels et des lieux de rencontres en tout genre, a laissé croire à beaucoup de personnes que les homosexuels  sont des machines à sexe, plus que de grands  amoureux. Certains homos sont des fêtards…, d’autres préfèrent mener une vie tranquille. Cela prouve que ce n’est pas l’orientation sexuelle, mais le caractère et l'âge qui fait le mode de vie. Si on parle peu des homosexuels qui mènent  une vie ordinaire, semblable à celle des hétéros, c’est parce qu’on le remarque moins et  aussi parce que la plupart des gens préfèrent voir ou imaginer ce qui renforce leur méfiance à l’égard des gays. Des chercheurs formulent une hypothèse intéressante : l’homophobie légitimerait les hétéros dans leur propre orientation sexuelle ; elle leur permettrait de se sentir fiers de leur masculinité ou de leur féminité.  (« Si ce sont eux qui ne sont pas comme il faut, c’est que moi, je suis quelqu’un de bien. »). Les lesbiennes sont moins victimes d’homophobie que les gays car leurs relations érotiques sont moins choquantes aux yeux des hétérosexuelles que celles entre hommes. La sexualité féminine est  perçue comme plus passive voire immature et donc inoffensive. Deux femmes entre elles n’auraient pas une vraie sexualité. Le couple serait fondé sur une amitié amoureuse. Cette idée tient du stéréotype car il est évident que les lesbiennes font l’amour, ont du désir comme tout le monde.

Si les homosexuels sont mieux reconnus aujourd’hui par la société, ils sont encore souvent victimes d’insultes ou d’agressions plus ou moins graves en raison de leur orientation sexuelle. La justice française retient depuis 2003 l’homophobie comme motif aggravant pour punir de tels actes, au même titre que le racisme. L’homophobie est un préjugé et une ignorance qui consiste à croire en la suprématie de l’hétérosexualité, explique Daniel Borillo. L’homophobie se caractérise par l’insulte proférée contre les homosexuels. La manifestation anti-pacs, organisée à Paris en janvier 1999, a vu par exemple des slogans scander «  les pédés au bûcher »ou encore « pas de neveux pour les tantouzes ». L’homophobie peut aller jusqu’à la violence physique et l’assassinat, tel que celui perpétré contre l’étudiant Matthew Shepard, aux USA en 1998 (à noter que ce crime de haine est désormais puni par certains états américains). On distingue également ce que Borillo définit comme l’homophobie cognitive (sociale) qui prétend maintenir la différence homosexuel/hétérosexuel. Et le juriste de préciser : « Dans ce registre, nul ne rejette les homos mais personne ne trouve choquant qu’ils ne jouissent pas des mêmes droits que les hétéros ». Il est aussi à noter que certaines lesbiennes réclament la reconnaissance du terme lesbophobie : la lesbienne subit une double discrimination du fait de son orientation sexuelle et de sa condition féminine.
Afin de lutter contre l’homophobie , le 17 mai a été déclaré
Journée mondiale de lutte contre l’homophobie en France en 2004. Depuis le début des années 2000, plusieurs lois protègent les personnes homosexuelles. La loi de modernisation sociale, votée en 2002, interdit officiellement toute discrimination à l’embauche et dans le monde du travail basée sur le rejet des homosexuels. La loi du 18 mars 2003 introduit l’homophobie dans le code pénal comme circonstance aggravante d’un crime ou d’un délit : « constitue une discrimination toute distinction opérée entre personnes (…) en raison de leur sexe, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle ».C’est d’ailleurs sur ce même argument que la France a été condamnée, en janvier 2008, par la Cour européenne de justice, pour avoir refusé l’adoption à une femme homosexuelle :

Pascale Rousselle, commissaire au gouvernement, lors de l'audience à la cour administrative d'appel de Nancy, le 5 décembre 2000 : L'institutrice jurassienne a "les qualités requises pour se voir délivrer l'agrément, sachant que, si elle avait été vraiment célibataire, celui-ci n'aurait pas posé de difficultés".

Enfin, la loi du 30 décembre 2004 pénalise les propos liés au sexe ou à l’orientation sexuelle de la personne. En cas de discrimination, les sanctions encourues peuvent atteindre trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Les peines maximales pour injures homophobes sont de six mois de prison et 22 500 euros d’amende. Ainsi, le député UMP du nord, Christian Vanneste, a été condamné en appel, en 2007, à 9 000 euros d’amende et de dommages et intérêts pour avoir tenu des propos homophobes dans les journaux. Depuis 2002, sept des quatorze meurtres de personnes homosexuelles ont fait l’objet d’un procès. Cinq ont abouti à des peines allant de douze à vingt ans de réclusion criminelle. Si les homosexuels sont mieux reconnus aujourd'hui par la société, ils sont encore souvent victimes d'insultes ou d'agressions en raison de leur orientation sexuelle. Depuis 2003, la justice française retient l'homophobie comme motif aggravant pour punir de tels actes, au même titre que le racisme.

         Mais les agressions homophobes perdurent. Dans son rapport de 2008, l’association SOS homophobie a recensé 1 263 témoignages de manifestations d’hostilités envers des personnes homosexuelles : 123 agressions physiques lui ont été signalées (21 de moins qu’en 2006). Ces actes ont eu lieu principalement dans quatre départements : Paris, le Rhône, le Nord et la Moselle. Les actes homophobes peuvent prendre plusieurs formes : insultes, gestes déplacés, harcèlement, violences physiques et parfois même meurtre. Dans son enquête sur l’homophobie dans l’entreprise, la  Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) relève que 85 % des gays et des lesbiennes estiment avoir déjà ressenti une homophobie « implicite » sur le lieu de travail. Depuis 2002, 14 hommes ont perdu la vie en raison de leur homosexualité. Plusieurs affaires d’agressions homophobes ont été médiatisées ces dernières années comme le meurtre de François Chenu à Reims en 2002 ou encore l’agression de Bruno Weil, en région parisienne au cours de l’été 2006. Certains adultes homosexuels ont souffert de solitude ou ont eu les pires difficultés à se sentir bien avec eux-mêmes, à se faire accepter par leur entourage ; ils ont donc décidé de  mettre leur expérience en commun pour la faire partager , pour aider à s'exprimer, à s'affirmer. Les jeunes d’aujourd’hui ont  plus de chance que ceux des années 70 car de nombreuses associations ont vu le jour dans les années 2000 : « les vieux gays » font bouger les choses pour éviter aux "jeunes gays" la solitude et l'exclusion. De nombreux lieux d'accueil et d’informations sur l’homosexualité, la santé, les droits et la culture des gays ou lesbiennes sont situés à Paris.  Le PACS (adopté le 16 novembre 1999) est le signe évident que les mentalités ont considérablement changé. Les gays souhaitent s'engager ainsi à vivre ensemble, à s’apporter une aide mutuelle, morale et matérielle ; ils sont coresponsables de leurs dettes dans le cadre de la vie courante, ils peuvent faire une déclaration d’impôts commune, etc. Ce Pacte Civil de Solidarité constitue pour la première fois en France une forme légale de reconnaissance du couple homosexuel.
Cependant , le PACS n'a pas répondu entièrement aux attentes des homosexuels. Les associations de défense des droits des gays et des lesbiennes n'ont cessé de réclamer ce que la loi a tenté d'éluder : l'élargissement du mariage aux couples homosexuels. Le mariage homosexuel et l’homoparentalité restent les deux revendications des couples gays et les lesbiennes aujourd’hui en France.

 "L'homoparentalité n'est ainsi, on le voit, qu'une figure de plus de ces "montagnes familiales" contemporaines dans lesquelles les parents de l'enfant ne sont plus nécessairement les géniteurs." Geneviève Delaisi de Parseval et Sylvie Faure-Pragier , psychanalystes , Libération du 26 juin 2001.

 

 

 

 

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